Depuis que Cesaria Evora a donné le goût des mélodies du Cap-Vert au public occidental, on n’en finit pas de découvrir les ressources musicales de cet archipel qui s’est révélé être une incroyable pépinière de talents. Celui dont il s’agit ici en est déjà à son troisième album. Né en 1973 sur l’île de Santiago, la plus grande du Cap-Vert, celle de sa capitale, Praia, il appartient à la nouvelle vague de musiciens du coin qui font une relecture moderne des musiques traditionnelles de leur île, comme le batuque ou la tabanka, aux rythmes très africains. Produit par Lenine, l’un des plus captivants agitateurs de la musique brésilienne ces dernières années, « Lonji » confirme ce que l’on savait déjà. Tcheka est un guitariste vertigineux dont le jeu singulier n’est pas sans rappeler la virtuosité d’un D’Gary, phénoménal guitariste malgache. Il chante d’une voix fébrile caracolant souvent dans les aigus des compositions d’une belle invention, jouant la surprise, le changement de tempo avant que l’oreille n’ait le temps de s’installer dans la mélodie. Les chansons (qui auraient gagné à être traduites dans un livret) racontent des bribes de quotidien et des souvenirs. Le cœur fragile d’un jeune homme amoureux (« Da-um bu Mon »), le plantage du maïs et des haricots dans les champs (« Tadja Korbu »), le mariage du fils du fermier (« Tuti Santiagu »), la première fois où Tcheka est allé au cinéma (« Primeru bes kin ba Cinema »). Des histoires contées sur des variations musicales à partir des rythmes nerveux du Cap-Vert, tels que batuque, funana, tabanka, finaçon ou coladera. Les arrangements sont co-signés par Tcheka lui-même, avec son ami Hernani Almeida, l’un des talents sûrs de la guitare au Cap-Vert, que l’on a déjà entendu également aux côtés de Bau. Lenine pose sa voix pour les chœurs, injecte des idées, des ambiances et des motifs instrumentaux (bruits d’eau et de pluie, accordéon, cor anglais, cuica, trompette, percussions…) qui ajoutent un supplément de couleurs fort plaisant.
Patrick Labesse |